

Il était une fois, au temps des samouraïs, une flûte au son enchanteur. Elle était accessible à tous; il suffisait de couper une tige de bambou marquée d’un noeud, et d’y percer 5 trous —4 au-dessus, un au-dessous. On la nommait “hitoyogiri”, et poètes comme guerriers se délectaient de sa voix.
Une brève définition
L’hitoyogiri (一節切, littéralement “un nœud de bambou”) est joué au Japon entre la période Muromachi et le début de la période Edo. C’est une flûte droite dont les sons naissent lorsque l’on souffle sur l’embouchure taillée en biseau.
Il en existe 5 modèles de longueur et de tonalité différentes, chacun correspondant à un mode, et à une saison. 5 saisons, car la philosophie associée à l’hitoyogiri s’aligne sur la cosmologie chinoise qui inclut l’intersaison (doyo en japonais).
Jouer de l’hitoyogiri, c’est une façon unique de se connecter à la nature et de s’aligner avec ses cycles. Là où les joueurs de shakuhachi (le successeur de l’hitoyogiri) apprivoisent l’instrument avec un shakuhachi 1.8, les joueurs d’hitoyogiri font leurs premiers pas avec une flûte oshiki, qui correspond à l’été.
Le son de l’hitoyogiri est pur et doux, avec des inflexions subtiles, presque mystérieuses.
尺八はひと夜ばかりと思ひしに 幾夜か老の友となりけむ
“J’ai cru que le shakuhachi serait juste le compagnon d’une nuit, et le voici, après si longtemps, devenu le complice de mes vieux jours.”
— Attribué à Ikkyū Sōjun (一休宗純, 1394–1481), période Muromachi; attribution traditionnelle
Le « shakuhachi » d'Ikkyu était très probablement un hitoyogiri — l'instrument aujourd'hui appelé « shakuhachi » n'existait pas encore à son époque.
Aujourd’hui, l’hitoyogiri est devenu extrêmement rare. Seul un petit nombre de musiciens gardent la tradition en vie. Chaque rencontre avec cette flûte n’en est que plus exceptionnelle.

Origines & héritage

L’hitoyogiri apparaît au Japon pendant la période Muromachi (1336–1573), une époque de foisonnement culturel intense où le bouddhisme, la poésie et l’art du thé façonnent le paysage artistique. Il s’épanouit pendant plusieurs siècles auprès de l’élite culturelle — lettrés et samouraïs — avant de marier ses notes à celles de la musique populaire et des arts dramatiques (Noh & Kyōgen, forme théâtrale humoristique parallèle au Noh).
Période Muromachi · XIVe–XVIe s.
L’hitoyogiri s’enracine discrètement dans les cercles cultivés du Japon — transmis à l’oreille, variant selon les lieux, sans tradition écrite fixe pour l’ancrer. Il se déplace dans le même monde que le bouddhisme, la poésie et le thé. Ikkyu lui-même écrit des poèmes sur l’instrument, l’appelant par son ancien nom : shakuhachi.
Début de la période Edo · XVIIe s.
Avec le moine Rinzai Ōmori Sōkun, la tradition trouve sa forme écrite : systèmes de doigtés, notation, et les pièces solo dites te qui deviendront le cœur du répertoire. L’instrument aurait été joué par le maître de thé Kobori Enshū et le shogun Tokugawa Ieyasu ; l’empereur Go-Yōzei commande plusieurs flûtes à Sōkun. Quelques-uns de ses instruments ont survécu jusqu’à aujourd’hui ; ils sont conservés dans des collections à New York et à Nagoya.
Milieu de la période Edo · XVIIIe s.
Le shakuhachi — plus sonore, avec une tessiture plus étendue, et surtout, capable de jouer la gamme miyakobushi très en vogue à l’époque — attire les foules. L’hitoyogiri perd en popularité, et finit par complètement disparaître.
XXe–XXIe siècle
Des efforts de renaissance, notamment ceux de Kamiya Juntei, permettent de préserver un savoir précieux et d’empêcher le fil de se rompre tout à fait. Jouer de l’hitoyogiri aujourd’hui relève largement d’un travail de reconstruction — mais les écrits qui subsistent apportent assez d’éléments pour recréer des sonorités proches de celles d’autrefois. L’instrument est de nouveau joué. Peu à peu, on l’entend à nouveau.
Sons et saisons
L'hitoyogiri s'exprime d'une voix claire, dont le timbre ressemble au chant des oiseaux. Sa voix suit le cours des saisons, tandis que son pouls épouse les mouvements du yin-yang.
Sons d'été, par Nick Bellando
Sons d'automne, par Odrey
Pour aller plus loin
L’hitoyogiri est un instrument qui s’apprivoise lentement, et les ressources pour y arriver sont rares et clairsemées. Ces vidéos représentent une facette de la tradition reconstituée — d’autres voix existent, et ceci n’est qu’un point d’entrée dans le monde lumineux de l’hitoyogiri.
à propos de l'hitoyogiri
à propos d'Omori Sokun
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Falling out of a story
A few minutes ago I logged into YouTube Studio, typed a few words, then clicked “publish.” It was just a name swap. So why did it feel like grief?
Lire les Carnets →
Kamiya Juntei
In 1818, Kamiya Juntei published Shichiku Kokin-shu in a bid to save the dying hitoyogiri tradition — introducing classical Muromachi-era pieces alongside his own newly composed 'kotake' repertoire. His attempt to bridge old and new ultimately failed to save the tradition, but the book endured long enough to be mistaken, generations later, for genuine antiquity.
Articles de Nick Bellando (en Anglais) →